Le patrimoine du quartier, épisode 1

Une abbaye dans la rue du Faubourg du Courreau : l’ancien couvent des dominicaines, dites « prouilhanes ».

La rue Faubourg du Courreau est un très ancien chemin de Montpellier. En effet, au Moyen-Age, il relie le Pila St-Gély au Plan Cabanes, premier lieu habité de la commune et lieu de regroupement des troupeaux venant de Lodève.

En 1284, des religieuses dominicaines venues de Prouilhe (diocèse de Saint-Papoul, dans l’Aude) fondent un établissement à Montpellier. Installées initialement près du couvent des frères prêcheurs, elles reçoivent du pape et des consuls de Montpellier, en 1381, l’ancien hôpital Saint-Guilhem, situé dans le « faubourg Saint-Guilhem », qu’elles occupent en 1382, et qui devient l’abbaye des Prouilhanes (actuelles adresses aux actuels n°3 et n°5 de la rue du Faubourg du Courreau).

Cette abbaye devient un couvent de plus grande importance au Moyen Age, le plus riche et le plus austère de la ville, situé en dehors de la « commune clôture ».

La rue Faubourg du Courreau est alors une entrée de la seconde enceinte de Montpellier. Dans cette rue, en face de l’abbaye, le premier cimetière juif avait été cédé à l’abbé de Vallemagne et transféré sur un terrain plus vaste dès 1263 (à l’actuel n° 6 de la rue).

A la fin du XVIème siècle, avec la Réforme et après l’arrivée du protestantisme dans la région, les sœurs dominicaines sont chassées par les guerres de religion. En 1602, le couvent est en ruines et les pierres servent à la construction des bastions autour de la Commune Clôture.

Au début du XVIIème siècle, elles cherchent à obtenir la restitution du lieu dévasté, mais sont logées avec les religieuses de Saint-Gilles et Sainte-Catherine, avant d’être reconstituée ensuite en 1635 avec le renfort de religieuses venues du Puy en Velay.

En 1642, l’abbaye est reconnue propriétaire de ses terrains, il y a alors 15 à 20 religieuses. Une reconstruction importante a lieu à partir de 1672.

Pendant la Révolution Française, l’abbaye est vendue en 1791 et 1793 comme bien national, l’édifice sera divisé en 16 lots.

En partie détruite, il en reste les fondations et une partie du cloître, qui ne sont plus visibles de la rue, car cachés par les bâtiments postérieurs, construits aux XVIIIème et XIXème siècles.

Architecturalement, l’abbaye correspond au plan de St-Gall, plan commun à toutes les abbayes médiévales, mais le cloître n’a jamais été fini, il n’y a que deux côtés, encore visibles sur photo aérienne.

L’ancien couvent de dominicaines dites prouilhanes est mentionné à l’inventaire général du patrimoine culturel. Distinct de l’inventaire des monuments historiques, sa mission est de « recenser, étudier et faire connaître les éléments du patrimoine qui présentent un intérêt culturel, historique ou scientifique».

Résumé de la conférence de M. Jean-Pierre Lafon du 13 juin 2014 au Salon du Belvédère (Journées Nationales du Patrimoine et des Moulins). Notes par Martine Chabourel.

Plan_de_Montpellier_avant_les_guerres_de_religion_(vers_1737) - archives de Montpellier - abbayePlan_de_Montpellier_avant_les_guerres_de_religion_(vers_1737) – archives de Montpellier

(abbaye indiquée par la flèche rouge)